< Mémoire d’eau, décembre 2016 - janvier 2017 Pierres des fées, Le Point Commun, Cran Gevrier, 2018 >

Galerie des Ponchettes, Nice, 9 décembre 2017 - 3 juin 2018

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Oiseau Etourneau naturalisé

Photographie Sylvie Chan-Liat

L’idée de nature et la présence de l’homme en son sein constituent un territoire d’exploration pour Dominique Ghesquière. Les paysages éphémères que l’artiste compose convoquent des écosystèmes en entremêlant des éléments empruntés au règne naturel et des objets patiemment élaborés : ainsi, la galerie des Ponchettes déploie la quintessence de l’univers méditerranéen avec des troncs évidés évoquant les écorces de platanes, des aiguilles de pin, des vagues et un lit de galets. L’artiste atteint dans son évocaton une épure des éléments et des formes qui, dans leur sobriété assumée, suffisent à convoquer le souvenir d’un paysage, de son arpentage et de son expérience sensuelle et sensorielle. "Je cherche juste à me glisser dans le paysage. Je cherche simplement la précision et le nécessaire, alors je suis souvent amenée à supprimer, élaguer (...). C’est ça qui me permet d’atteindre un certain degré d’abstraction 1 " évoque-t-elle.
Son univers s’avère en cela très proche de la tradition des paysages empruntés japonais, les shokkei, et des jardins secs qui mêlent sophistication extrême, reproduction de la nature en miniature, raffinement du symbolisme, fidélité de la capture du paysage et quête de la quintessence des espaces naturels.
Cette ascèse partagée n’est toutefois pas dépourvue de malice et l’artiste joue subtilement avec notre perception et le registre de l’illusion. Elle déploie dan sl’espace des espèces mutantes et hybrides des éléments, générant de la confusion entre le naturel et le manufacturé.
Entre nature morte et diorama, ses paysages composés opposent ainsi à l’immédiateté de l’évocation, la lenteur de l’exécution, la méticulosité des objets produits et la précision de la scansion de l’espace. Par ses multiples gestes l’artistes se positionne en démiurge discret d’un paysage non héroïque.
Figé dans un automne éternel, ce paysage prend enfin valeur de vanité, soulignant la vulnérabilité des écosystèmes dans lesquels nous évoluons et l’entropie permanente générée par l’action humaine.

Hélène Guenin

(1) Conversation avec Dominique Ghesquière, Frédéric Oyharçabal, catalogue monographique Frac Bourgogne, 2011