< Pièce aveugle, Nice, 2010 La promenade, Les Arques, 2011 >

Atelier Lindre-Basse, 2010

La Synagogue de Delme

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champ de chaume

Chaume

Les dernières œuvres produites en amont de sa résidence à Lindre-Basse et présentées actuellement dans le cadre d’une exposition personnelle à La Station à Nice marquent un pas de plus en ce sens.
bouquet de tulipes pourrait plaire à la mélancolie d’un Des Esseintes, esthète désœuvré et personnage principal du roman symboliste de Joris Karl Huysmans, A rebours. De ces fleurs assemblées, il ne reste que la forme, mais la couleur a disparu, comme si on avait retiré l’essence même de la fleur et qu’elle avait été privée de lumière depuis sa naissance. Figure de l’absence et de la disparition, bouquet de tulipes est un fantôme de lui-même, on pourrait presque parler d’objet-zombie, vivant et mort tout à la fois. La virtuosité technique mise en œuvre dans la réalisation de chaque pièce, quelque soit le matériau (broderie, faïence, béton moulé…) donne aux objets de Dominique Ghesquière une délicatesse et un réalisme tout aussi troublant que séduisant.
La particularité de ces œuvres, c’est leur dimension tactile, qui donne immédiatement envie d’en faire l’expérience par le toucher, comme pour vérifier les multiples hypothèses qu’elles font surgir. Plus elles semblent fragiles, plus elles nous invitent à les effleurer, qu’il s’agisse de briques en sable, de papier froissé ou d’escabeaux en porcelaine.
L’œuvre intitulée échafaudage est révélatrice, car elle souligne que le pendant à la fragilité et à l’évanescence pourrait bien être la force et la stabilité. Si celles-ci doivent passer par une forme de destruction, d’effacement, qu’à cela ne tienne. échafaudage est réalisé en béton, matériau réputé des plus solides, qui rend paradoxalement l’objet très fragile.
Cette ambiguïté se retrouve dans feu de bois, composition de branches en bois de filaire, consumées et transformées en charbon, qui pourrait lui-même devenir le combustible d’un feu à venir. feu de bois évoque la trace d’un événement passé, suspendu dans le temps d’un usage incertain.
Enfin, barrières est en fer galvanisé, tout comme le sont les véritables barrières qu’elles imitent à la perfection, si ce n’est qu’elles s’amenuisent petit à petit, comme si leur taille suivait les règles d’une perspective imposée. Troublant une fois de plus la perception, barrières, tout comme échafaudage ou feu de bois sont des figures du doute en puissance.

Marie Cozette