Hiver 3, Claire Staebler, 2004 >

Une subtile subversion, Marie de Brugerolle, 2002

Catalogue ’Les enfants du Sabbat 3’, Collection ’mes pas à faire au Creux de l’enfer’

Un « tapis » dont les fibres se maintiennent à la verticale « par solidarité », ayant perdu leur trame commune, un « canapé » évidé de sa structure tel une peau de bête affalée au sol, un « interrupteur » à l’éclairage auto-reflexif, un « rideau » immobile, figé dans son mouvement… ce n’est pas un inventaire à la Prévert, mais la tentative vaine de nomination des objets que fabrique Dominique Ghesquière. En effet, qu’est-ce qu’une chose lorsqu’on lui retire sa fonction ? En quoi les « choses » dont nous parle Georges Pérec existent-elles en dehors du « système des objets » selon Beaudrillard ?
C’est dans cet interstice de la pensée que travaille et creuse Dominique Ghesquière. Non pas du côté de l’âme des objets inanimés, mais dans l’inframince de leur épaisseur objectale au-delà des mots : dans leur potentiel sculptural. Ils sont sculptures parce que déplacés, oui, plus utiles, oui, mais surtout parce qu’ils proposent une déstabilisation qui ne s’effectue que dans un acte de présence. Non pas de l’ordre d’une expérimentation mais de l’expérience même des choses, dans sa dimension la plus spirituelle.
Dominique Ghesquière transforme le monde de manière subtile, en minant de l’intérieur et avec humour, les fondements de nos conventions visuelles et tactiles. Ainsi une tuyauterie de radiateur qui devient par son détour ce qui est à voir de la sculpture, ou bien le renversement de l’image d’un « paysage dans la rue » à travers une loupe qui interroge le processus même de formation de l’image. La fragilité de ses « gouttes d’eau » réalisées à la cire transparente contraste avec l’amplitude de son déplacement du gravier de la terrasse de l’Ecole nationale des beaux-arts de Lyon dont la masse n’alourdit en rien l’illusion d’envol produite par sa nouvelle déclivité. Le danger, le vertige, la perte d’illusion sont très souvent présents dans les œuvres de Dominique Ghesquière. Elle rejoint en cela une forme de méditation sur l’éphémère et la fugacité de l’existence que son « bouquet de fleurs coupées » exemplifie. Posé sur un socle d 1 m de haut, un vase contient une composition florale dont le papier cristal évoque l’envoi récent. On aperçoit par transparence les coloris vifs des pétales de tulipes. Ceux-ci reposent dans l’emballage qui les maintient car les têtes des fleurs ont été tranchées. Moderne vanité et portrait contemporain d’une époque qui conserve son art à peine éclos, cette pièce joue sur l’inversion des dispositifs habituels et nous place dans la position du sujet qui doit prendre garde à ne pas devenir objet d’une mise en scène à laquelle il participe.